mercredi 4 mai 2016

revue La météorologie Répertoire des "Saisons cycloniques"

Saison cyclonique

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/52065/LaMeteorologie_Index_SaisonsCycloniques.html

sauvegarde pdf dispo pour les amis gasy d'Alika mail en .mg ?

Hecht-Ranaivoson, Dominique Raharimanana : Nour, 1947 : étude critique 2015 Paris : H. Champion, 2015

http://www.idref.fr/067280196

Monique Djistera LA TRADITION ORALE DE MADAGASCAR Reconstitution de l'histoire de Vatomandry


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http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=42137&razSqlClone=1


S.H. Andriantsimietry, , R.L. Razanakolona Importance of Madagascar's HIV/AIDS reference laboratory Importance du laboratoire malgache de référence pour le VIH/SIDA

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0399077X16300014
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lundi 2 mai 2016

GRET, ONG française aide au développement #Madagascar (S. Chevrier, 2012)

 

 http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RSG_277_0045&DocId=488932&hits=9631+9630+5355+5271+5264+5197+5173+5034+4850+4802+4766+4628+4573+4479+4453+4415+4414+

 Chevrier Sylvie.

 Transfert de responsabilités dans les projets de coopération au développement : le cas d’une ONG franco-malgacheManagement International, 2012, n° 1, p. 103-116. Connolly Paul. Ethical principles for researching vulnerable groups. OFM/DFM. 2003, 35 p.

Retour d’expérience 3 : une ONG sur un terrain franco-malgache

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Afin d’illustrer et de discuter des limites de la recherche-intervention, nous nous appuierons sur une recherche-intervention menée entre 2009 et 2010 auprès du GRET, une ONG française d’aide au développement implantée à Madagascar (S. Chevrier, 2012). Il s’agissait d’aider les personnels français à déléguer davantage aux personnels locaux dans la gestion des projets de l’antenne malgache. L’intérêt de l’organisation pour la recherche a en effet permis un large accès aux acteurs puisque tous les personnels présents sur le site au moment de la recherche ont été interviewés, soit plus de trente personnes. La présence dans l’antenne pendant la recherche a aussi permis d’observer le fonctionnement des équipes et les interactions sur place. Ce vaste recueil de matériau a donné lieu à des analyses de contenus qui ont permis de mettre en évidence les représentations culturelles comparées de la prise de responsabilités côté français et côté malgache. Une fois restituées aux acteurs, ces nouvelles connaissances ont alimenté trois groupes de travail pour développer la formation, faire évoluer les processus de décision, formaliser davantage l’organigramme, les fiches de postes et les procédures et organiser le travail collectif, autant d’éléments qui avaient été identifiés comme des prérequis, notamment pour le personnel malgache, à la montée en responsabilités. Un an après l’intervention, le bilan sur les avancées obtenues était très positif, même si toutes les résolutions issues des groupes de travail n’étaient pas encore mises en œuvre. Les progrès obtenus en matière de délégation étaient sensibles.

Des biais comme limites ou comme moyens ?

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Dans cette recherche, la collecte de données menées systématiquement auprès de tous les personnels avec le même guide d’entretien n’a pas semblé démériter au plan de la rigueur. On peut en revanche s’interroger sur la partialité des chercheurs impliqués sur le terrain qui viennent ici clairement à l’invite d’une des parties : les managers français de l’ONG. La problématique de départ qu’ils formulent ne prend en compte que leur point de vue : comment surmonter les réticences du personnel malgache pour réussir à déléguer davantage ? Elle sera reformulée de manière un peu plus équilibrée par les chercheurs sous la forme : « quelles sont les conditions de la montée en responsabilité des points de vue français et malgaches ? ». Cependant, les chercheurs français ne peuvent manquer d’apparaître comme des acteurs mandatés par la direction inscrite dans le contexte culturel français. Le seul fait de réaliser les entretiens en français (langue officielle de travail de l’ONG à Antananarivo) empêche l’accès à des représentations culturelles malgaches qui auraient pu s’exprimer dans la langue locale. Au-delà de la nationalité et de la langue propres à ce cas, un chercheur est toujours porteur d’une histoire personnelle, d’une inscription sociale et de représentations qui lui sont propres et orientent son regard. On pourrait ainsi conclure à une multiplicité de biais qui entachent la neutralité et l’objectivité scientifique. Nous défendrons au contraire qu’en matière de recherche sur le terrain, le biais n’est pas qu’un vilain défaut de validité mais qu’il est la condition même de la production de connaissances. Le biais doit s’entendre au sens de moyen trouvé pour résoudre une difficulté ; atteindre un objectif par le biais d’un dispositif particulier. Dans l’interaction avec les acteurs de terrain, le moyen de la recherche, c’est d’abord soi-même, ce que l’on est, la confiance que l’on parvient à créer.
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C’est d’abord par ce biais que l’on obtient des données. Pas de biais, pas de données. Il est clair dans notre cas, qu’un chercheur malgache aurait recueilli des propos un peu différents de ceux que nous avons obtenus. Les propos n’en sont pas moins valides pour exprimer des représentations ; tout discours est le produit de représentations. Il s’agit seulement de ne pas prétendre à l’exhaustivité des résultats qui peuvent toujours être complétés et approfondis.
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Ensuite dans l’analyse, il est clair que la manière d’aborder les données et de construire les catégories est encore influencée par la position, l’histoire et l’expérience du chercheur. Le biais, c’est alors l’angle avec lequel on regarde une scène sociale. Il est forcément partial. Multiplier les regards est effectivement très riche pour limiter cette partialité et les angles de vue. Dans notre recherche, les résultats obtenus auraient pu être enrichis si comme nous l’avions initialement prévu, un anthropologue malgache avait pu se joindre à l’étude.

Capacité de généralisation

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Dans l’ONG, les représentations ont été qualifiées de françaises et de malgaches quand des divergences récurrentes sont apparues entre les deux groupes d’interviewés. Cependant, nombre d’éléments de contexte étaient aussi à considérer : les positions dans l’organisation (en situation de management ou pas), âge et expérience des personnes, fonction. Il fallait également considérer que les représentations pouvaient aussi être liées à la culture de l’organisation. Nous avons donc conduit huit entretiens dans d’autres organisations malgaches auprès de Français et surtout de Malgaches pour recouper nos résultats. Il reste que le périmètre de généralisation des résultats obtenus n’est pas facile à déterminer. S’il est effectivement apparu des convergences avec des membres extérieurs à l’organisation étudiée permettant de supposer que les représentations de l’exercice de la responsabilité sont partagées dans un groupe plus large, la littérature anthropologique incite à être prudent sur le découpage à retenir dans la mesure où elle met en évidence deux héritages significativement différents pour les populations côtières de Madagascar et celles des hauts plateaux.
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En somme, les éléments de connaissance mis en évidence dans le cadre d’une recherche-intervention ont une forte validité interne et peuvent être généralisés mais le périmètre de généralisation n’est pas connu a priori. La fine compréhension de mécanismes dans un contexte précis donne de la profondeur à cette connaissance qui pourra être généralisée soit grâce à des comparaisons empiriques soit, si elles existent, grâce à des recoupements avec d’autres recherches.

Recherche ou conseil ?

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L’intervention tire la recherche vers les recommandations et l’action. La primauté de l’action sur la production de connaissance dépend du contexte, des interlocuteurs et des termes de la négociation initiale. Pour notre part, dans une ONG qui s’efforce de capitaliser systématiquement sur ses expériences et qui possède elle-même une direction de la recherche, l’équilibre entre temps de la recherche et temps de l’action a été respecté dans un projet qui s’est étalé sur plus d’une année. Lorsque le contexte est moins favorable, on distingue le temps court de la collecte, d’une première analyse et restitution pour l’action puis, le temps de l’exploitation plus complète du matériau, notamment en vue de publications, quitte à s’apercevoir, même s’il est parfois trop tard et que le retour sur le terrain n’est plus possible, que certaines données complémentaires seraient nécessaires pour assurer la solidité des interprétations ou donner sens à un résultat émergent, mais cette difficulté n’est pas propre à la recherche action.

mercredi 27 avril 2016

Deswarte, Caroline Étude exploratoire sur les origines du peuplement de l’île de Madagascar : une approche de craniométrie comparative appliquée sur des populations modernes Université Montréal

https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/13685
Résumé(s)
Les origines du peuplement de l’île de Madagascar ne sont encore que partiellement explorées à l’heure actuelle. Différentes populations ont contribué au peuplement de l’île, de nombreuses théories sur les origines de ce peuplement ont émergé et varient grandement selon les sources consultées. Selon l’archéologie et l’anthropologie culturelle, l’arrivée des premiers peuples remonterait à deux millénaires avant notre ère et plusieurs strates de vagues migratoires venues d’Afrique et d’Asie se sont succédées. Pour une vision complète du peuplement de toute l’île, ce sont les études en linguistique et en génétique qui ont donné les meilleures pistes en s’orientant vers une origine à prédominance indonésienne plutôt qu’africaine. Il reste cependant à confronter ces données diverses à celles issues de l’approche phénotypique, qui est peu utilisée. Mon objectif est donc d’explorer cette hypothèse à partir des données craniométriques, et ainsi de tester les modèles de peuplement proposés grâce à d’autres approches. Cet échantillon malgache (N=207) a été subdivisé sur la base de diverses données (géographie, ethnies et affiliations linguistiques). Après des analyses intra-groupe et intergroupes, ce dernier a été comparé à d’autres données craniométriques personnelles et publiées (N=1184). Deux types d’approches statistiques (multivariées classiques et issues de l’approche de la génétique des populations ou RMET) ont été utilisées afin d’obtenir des paramètres diversifiés et complémentaires. Les résultats issus des deux approches tendent vers une origine mixte (Afrique et Asie), dont la prépondérance varie en fonction de la région et du sexe. En effet, les hommes malgaches ont une origine triple (sud de l’Asie du Sud-est, sud de l’Afrique et côtes sud-est africaines), alors que les femmes ont plutôt une origine double (Afrique et Asie) selon l’approche multivariée classique. D’après les analyses RMET, on note que les individus des régions du nord et de l’est de l’île se rapprochent des populations de Tanzanie et les Malgaches présentent des similarités avec les populations indiennes. De plus, on remarque que les Malgaches du groupe nord présentent par rapport aux autres groupes un degré d’hétérogénéité plus élevé (Fst). Ce phénomène est dû probablement à des apports de populations plus diverses dès le début du peuplement de l’île dans cette région. Cette étude, basée sur un petit échantillon, confirme néanmoins les thèses antérieures sur la diversité du peuplement malgache et de plus elle démontre que les composantes prédominantes (Afrique ou Asie) varient selon les régions et le sexe.

Ivan Rakotovao Les consuls issus de la France d'outre-mer face à la décolonisation de Madagascar, 1958-1961 Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin



http://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2016-1-page-123.htm
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L'indépendance de Madagascar fut proclamée le 26 juin 1960. Le risque d'une importante vague de retours en France pointait à l'horizon si rien n'était fait [1][1] Le présent article est issu du mémoire réalisé dans.... Il fallait alors protéger 67 000 Français, propriétaires de maisons, de terres, d'entreprises potentiellement menacées par des revendications et des convoitises [2][2] Ce chiffre de 67 000 individus avancé par les autorités.... Six hommes, jadis chargés d'administrer les colonies françaises au sein de l'administration de la France d'outre-mer (ci-après FOM), furent déployés dans chaque chef-lieu de Madagascar et devinrent ainsi les premiers consuls de France dans le pays devenu indépendant. La création d'un réseau de consulats aussi étendu par des hommes extérieurs à la carrière consulaire, administrateurs de formation, a attiré notre attention. Nous nous sommes alors intéressés à ces consuls originaux, à leur expérience personnelle, à la vie quotidienne de leur chancellerie et aux rapports qu'ils entretenaient avec leurs compatriotes et les autochtones afin de déterminer leur importance dans la décolonisation à Madagascar.
2
Nos recherches s'inscrivent dans le champ de l'histoire consulaire. Notre étude de la vie quotidienne des postes et du microcosme du corps diplomatique et consulaire à Madagascar vient s'ajouter à plusieurs travaux récents sur l'institution consulaire à travers l'histoire et dans différentes régions du monde [3][3] Cf. notamment Mathieu Jestin, « Le consulat de France.... Par ailleurs, la reconversion des administrateurs de la FOM en agents consulaires nous place à la jonction de l'histoire impériale et de l'histoire des relations internationales [4][4] Cf. notamment sur les agents coloniaux, Véronique Dimier,.... L'étude des interactions entre les consuls et leurs administrés nous apporte surtout un nouveau regard sur la communauté française de Madagascar : la vision des consuls eux-mêmes.
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Les archives des consuls conservés au Centre des Archives diplomatiques de Nantes constituent la base de cette étude. La richesse des fonds qu'ils ont laissés – correspondances, télégrammes, rapports d'activités et notes diverses – nous a permis de retracer avec une grande précision leurs premières années d'activité. En revanche, le point de vue unilatéral de ces sources constitue la principale limite de nos recherches car il ne nous a pas été possible de traiter la réception par les Malgaches de l'activité consulaire.

Des administrateurs de la FOM expérimentés

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Les premiers consuls avaient l'avantage de connaître le terrain et d'être acclimatés aux conditions de vie rigoureuses imposées par l'Île rouge. Tous avaient déjà fait leurs armes dans l'administration de la FOM et la plupart avaient auparavant occupé une fonction administrative sur la Grande Île. Ces hommes avaient des parcours différents. Certains avaient servi au Haut-Commissariat général (ci-après HCG) comme Roland Veyrent, Fernand Merle et Gilbert Saron qui avaient occupé des postes divers allant du service de l'information au cabinet du Haut-Commissaire général [5][5] Situé à Tananarive, le HCG était l'organe administratif.... Après l'indépendance, ces derniers furent désignés consuls de France respectivement à Majunga, Tulear et Fianarantsoa. D'autres avaient exercé en tant que chefs de circonscription comme Alfred Frémolle qui dirigea la province de Fianarantsoa avant d'être nommé consul général de France à Tananarive et Joseph Léo Nativel qui remplissait la fonction de chef du district de Nosy-Be avant d'être envoyé à Tamatave.
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Ces consuls de la FOM durent apprendre le métier sur le tas. La spécificité de la fonction de consul imposait à ces administrateurs de faire preuve de sérieuses capacités d'adaptation et d'une grande polyvalence. Les consuls étaient amenés à s'occuper de nombreuses tâches administratives telles que l'instruction des demandes de passeports, visas, rapatriements et naturalisations. De plus, ils devaient remplir les fonctions d'officiers d'état-civil. Il fallait aussi garder le contact avec le terrain en effectuant des tournées régulières en brousse, ce qui n'est jamais évident dans ce vaste pays aux voies de communication insuffisantes et dégradées par le climat tropical. Les chefs de poste s'appuyaient sur une équipe réduite pouvant varier, selon l'importance de la communauté française de leur circonscription, de deux secrétaires à une petite dizaine de collaborateurs. Également novice dans la gestion d'un poste consulaire, ce personnel de bureau était malgré tout imprégné des réalités locales, plusieurs agents ayant exercé auparavant dans l'administration du territoire. L'ambassade de France à Tananarive et les autorités parisiennes accompagnèrent les équipes consulaires dans l'installation de leur poste. Ils leur prodiguaient conseils et instructions et mettaient à leur disposition des notices et documents techniques expliquant le fonctionnement d'un consulat. Les inspecteurs envoyés par le Quai d'Orsay apportèrent des conseils et correctifs bienvenus, et les réunions périodiques des consuls à l'ambassade de France renforcèrent la cohésion du réseau.
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Ainsi, les autorités françaises avaient confié à ces hommes de la FOM un projet ambitieux : celui de mettre en place un réseau consulaire ayant vocation à couvrir l'ensemble du territoire en un minimum de temps. L'installation fut laborieuse ; toutefois, l'expérience et la disponibilité de ces hommes permirent d'ouvrir les chancelleries dans les mois qui suivirent l'indépendance. De leur côté, les consuls à Diego-Suarez, Tamatave, et Fianarantsoa étaient entrés en fonction dès le 26 juin 1960. Dans ces trois villes-clés, ceux-ci avaient littéralement anticipé la proclamation d'indépendance en s'établissant quelques mois à l'avance en tant que délégués du HCG.

Les délégués du HCG : anticiper l'indépendance ?

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Le projet de détacher des délégués permanents du HCG en province avait été lancé au milieu de l'année 1959 et après plusieurs mois de tractations avec le gouvernement malgache, trois délégués entrèrent effectivement en fonction au début de l'année 1960 : Jacques Chenet à Diego-Suarez, Joseph Nativel à Tamatave et Gilbert Saron à Fianarantsoa [6][6] Notons que la République malgache fut proclamée le.... Officiellement, ces hommes de terrain devaient représenter le HCG auprès des autorités locales et de la population dans les provinces, tout en se gardant d'interférer dans les affaires malgaches. De manière officieuse, ils servirent d'agents de renseignements si l'on en croit les rapports qu'ils ont laissés. Ils observaient la vie publique locale et surveillaient les partis et hommes politiques jugés extrémistes. À Tamatave par exemple, Joseph Nativel observait avec attention le Rassemblement national malgache (RNM) d'Alexis Bezaka et ses saillies nationalistes, tandis qu'à Tulear, Gilbert Saron s'inquiétait de la montée en puissance du leader nationaliste Monja Jaona qu'il qualifiait de « farouche raciste xénophobe et foncièrement francophobe [7][7] CADN, Tananarive, 1897-1985, carton 451, rapport politique... ». Les délégués portaient par ailleurs une attention particulière au moral de leurs compatriotes qui oscillait au rythme d'une vie politique malgache en ébullition.
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Il n'est pas sûr que la mise en place des délégués ait eu pour but de poser les bases du réseau consulaire français. La conversion des délégués en consuls fut décidée quelques jours avant l'indépendance, à l'initiative du Haut-Commissaire général André Soucadaux qui proposa aux autorités parisiennes de « transformer, au moins de nom » les services des trois délégués en consulats [8][8]  Ibid., carton 447, télégramme du Haut-Commissaire.... En réalité, le détachement des délégués sur le terrain répondait à une peur du vide laissé par le démantèlement de l'administration française. Laisser les Français sans aucun moyen de protection n'était pas acceptable pour le HCG. André Soucadaux avait pressé l'installation de ses délégués qui étaient censés pallier le remplacement des chefs de provinces français par des Malgaches au milieu de l'année 1959 et ceci afin de « ne pas laisser périmer des positions indispensables au maintien d'un minimum de présence et d'influence française [9][9]  Ibid., carton 57, télégramme du Haut-Commissaire général... ». Placer des délégués dans des régions à forte concentration française avait donc pour objectif principal de calmer les anxiétés et de désamorcer les éventuelles tensions intercommunautaires. Les bonnes relations que les délégués nouèrent avec les autorités malgaches locales participaient à la construction d'un avenir serein. L'institution de ces trois délégués du HCG pouvait pourtant apparaître comme réactionnaire au moment où le processus de décolonisation était lancé. Des réserves à leur encontre avaient pu être exprimées côté malgache, mais côté français, cette protection de type consulaire apporta un certain réconfort à toute une partie de la population en proie aux doutes et aux questionnements à quelques mois de l'indépendance.

Faire face à des Français inquiets et tentés de quitter l'île

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Dans les premières années d'indépendance, le contexte politique et le marasme économique dans lequel était plongé le pays n'encourageaient guère les Français à poursuivre leur vie à Madagascar. Les exploitations agricoles françaises recouvraient une bonne partie des terres arables de l'île. Les cultivateurs de café, poivre, vanille, raphia, ou encore de girofle, qui dépendaient grandement des exportations, souffraient de la chute des prix. La situation était critique pour de nombreux petits propriétaires fonciers. Accablés de dettes, ils peinaient à mettre en valeur leurs terres et ne pouvaient envisager un retour en France faute de moyens. Plusieurs entreprises en difficulté disparurent. D'autres comme la Compagnie Lyonnaise et la Société industrielle de l'Emyrne se résignèrent à réduire leur personnel. Ceci entraîna inévitablement une hausse du chômage auquel vinrent s'ajouter les licenciés victimes de mesures de malgachisation du personnel. Le repli des capitaux et le départ des étrangers à fort pouvoir d'achat n'incitaient pas à l'optimisme et l'idée de quitter Madagascar était devenu un « leitmotiv » parmi les Français [10][10] 232 Ibid., carton 451, rapport sur l'état d'esprit..., d'autant plus que, dans certaines provinces, des familles rencontraient des difficultés à scolariser leurs plus jeunes enfants dans des établissements dispensant un enseignement français de qualité, du fait de la malgachisation de l'enseignement. De plus, les classes de l'enseignement public devenaient surchargées, se révélant incapables d'absorber le flux de nouveaux élèves malgaches, conséquence de la politique de scolarisation du gouvernement. Les établissements privés rencontraient le même problème. Le manque de perspectives d'avenir pour les jeunes et la dégradation de la qualité de vie étaient autant de raisons qui encourageaient les familles à quitter Madagascar. En outre, les déclarations nationalistes des partis d'opposition malgaches et les rumeurs de spoliations finissaient de saper le moral des Français.
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Afin de prévenir tout mouvement de panique, les consuls s'efforçaient d'entretenir un contact étroit avec leurs ressortissants. Pour cela, ils pouvaient compter sur leurs consuls honoraires. Ces derniers, membres de la communauté française installés dans d'importants foyers de peuplement, souvent influents et respectés, assuraient la liaison entre leurs compatriotes et les postes, et gardaient un œil sur les affaires locales au profit des consuls de France [11][11] Neuf consuls honoraires étaient répartis sur le territoire.... Pour renforcer le poids de la communauté française dans la vie locale, les Français étaient incités à se rassembler au sein d'associations. Quelques comités de réflexion et associations françaises d'entraide, officieusement chapeautés par les consuls avec la bénédiction de l'ambassade, virent le jour. Toutefois, le contexte politique et le sentiment nouveau d'être étranger dans une ancienne colonie incitaient à la prudence et n'encourageaient pas la forte minorité française à se singulariser davantage. Les Français étaient pourtant de moins en moins représentés dans les institutions locales – Conseil municipal, chambres de commerce, etc. – et nombreux furent ceux qui se tournèrent vers les consulats qui paraissaient les plus à même de défendre leurs intérêts. Les postes consulaires furent d'ailleurs très sollicités aux débuts des années 1960 et il pouvait devenir difficile pour les consuls de maintenir un contact régulier avec le terrain. Les hommes et les femmes qui servaient sous leurs ordres ne suffisaient plus pour répondre aux nombreuses demandes de documents de voyage, de transcriptions d'actes d'état-civil, et d'attestations en tous genres. À Tananarive notamment, le consul général Alfred Frémolle affirmait se démener avec ses deux assistants et une poignée de secrétaires pour répondre aux demandes croissantes de leurs administrés à l'été 1961 :
11
J'ai cependant usé de divers expédients pour faire flèche de tout bois, employant le concierge à tenir le bureau de renseignements, le cuisinier et le boy serveur du consul général à faire office de plantons pendant les heures de bureau. […] Pour soulager mes collaborateurs, je m'astreins moi-même à des travaux de bureau qui devraient normalement leur revenir, et cette obligation de parer au plus pressé, à laquelle nous sommes constamment confrontés, m'empêche d'avoir tous les contacts personnels qui seraient souhaitables avec l'ensemble de la colonie française [12][12]  Ibid., carton 458, lettre du consul général de France....

Limiter les départs et œuvrer pour l'amitié franco-malgache

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En dépit des craintes d'un flux incontrôlé de départs, les consuls ne furent pas dépassés par une quelconque fuite des Français de Madagascar. Les autorités françaises exclurent d'ailleurs toute idée d'un rapatriement massif. Selon leurs chiffres, les premières vagues de départs furent composées principalement d'agents de l'assistance technique au service de l'État malgache, touchés par les mesures de malgachisation et qui pouvaient bénéficier d'un rapatriement par l'État français. Envisager un départ s'avéra plus compliqué pour ceux qui avaient investi tous leurs biens sur l'île. La question de l'hébergement et du reclassement professionnel en métropole n'était pas chose évidente et un rapatriement aux frais de l'État n'était accordé que sous certaines conditions. Par conséquent, beaucoup de Français ne purent quitter la Grande Île faute de moyens, et les plus modestes sombrèrent dans la précarité. Les chancelleries ne disposaient pas encore de services d'assistance sociale à la fin de l'année 1961 et, souvent, les consuls ne pouvaient que constater la détresse des plus miséreux.
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L'horizon n'était pourtant pas totalement sombre. Les rapports entre Français et Malgaches étaient restés corrects dans l'ensemble de l'île. Le président de la République malgache Philibert Tsiranana, qui avait engagé son pays sur la voie de la coopération avec la France, encourageait les Français à rester. La province de Majunga, dont était originaire le président, donnait d'ailleurs au consul Roland Veyrent toutes les raisons de croire en l'avenir de l'amitié franco-malgache. En effet, la province resta un havre de paix où les Français vivaient avec les autochtones dans un climat apaisé à l’abri des mesures de malgachisation, ne se sentant pas étrangers eux-mêmes [13][13] Les Français demeurèrent très présents notamment dans.... Des incidents sporadiques venaient cependant rappeler aux consuls que cette symbiose demeurait fragile. Piliers de l'amitié franco-malgache, les consuls surent mettre à profit les fêtes et cérémonies officielles pour rapprocher les communautés, et n’hésitèrent pas à intervenir auprès de leurs compatriotes lors d'écarts de conduite, prévenant ainsi tout accrochage. Les plus téméraires se rendaient directement sur le terrain et multipliaient les actions culturelles pour promouvoir l'amitié franco-malgache. Ce fut le cas de Gilbert Saron qui ne comptait pas ses efforts dans la province de Fianarantsoa. Lui qui érigea son consulat en Centre culturel franco-malgache et qui monta un « spectacle de conférence dialoguée » à Fianarantsoa et à Manakara en 1961, se faisait une haute idée de l'outil culturel :
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Dans cette région, où préoccupations politiques priment malheureusement sur tous autres sujets d'intérêt, d'une façon directe chez les Malgaches, et diffuse chez les Français, j'ai acquis la certitude que le seul dérivatif pour les uns et les autres, c'est l'action culturelle neutre et gratuite (à tous points de vue). C'est également le seul terrain où l'on peut faire se rencontrer, en toute amitié, les deux collectivités, sans arrière-pensée [14][14]  Ibid., carton 451, lettre du consul de France Gilbert....
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En choyant l'amitié franco-malgache, le consul Saron contribua à la réussite de la décolonisation en douceur voulue par la France, quand bien même lui et ses compagnons de la FOM purent paradoxalement représenter la persistance d'un ordre ancien : en effet, les fonctions nouvelles de consul furent exercées par les mêmes personnes en place sous la colonisation. La seconde génération de consuls issue du Quai d’Orsay qui arriva sur l'île après 1963 allait s'efforcer d'éliminer les reliquats de l'époque coloniale [15][15] Certains consuls issus de la FOM ont pu profiter de.... L'esprit aventurier de la FOM qui avait fondé le réseau consulaire allait-il disparaître ? On pouvait s'attendre à un changement de style avec l'arrivée des hommes issus de l'ENA, de l'École libre des sciences politiques et des diplomates en provenance des chancelleries du nord. Eux aussi allaient devoir faire preuve de sérieuses capacités d'adaptation pour prendre en mains des postes aussi exigeants dans le contexte instable d'un processus de décolonisation qui se poursuivrait encore pendant de longues années.

Notes

[1]
Le présent article est issu du mémoire réalisé dans le cadre d'un Master 2 Histoire des relations internationales et des mondes étrangers, sous la direction de Mme Laurence Badel, intitulé « La mise en place du réseau consulaire français à Madagascar au moment de l'Indépendance : "les consuls de la FOM" face à l'urgence de la décolonisation (1958-1961) », soutenu en juin 2015 à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
[2]
Ce chiffre de 67 000 individus avancé par les autorités françaises est très approximatif. Il omet notamment l'important contingent des Comoriens. Notons qu'à cette époque où les Comores n'étaient pas encore indépendantes, les Comoriens étaient des citoyens à statut particulier, ressortissants de la République française.
[3]
Cf. notamment Mathieu Jestin, « Le consulat de France à Salonique 1781-1913 », thèse soutenue sous la direction de M. Robert Frank, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2014 ; Jörg Ulbert, Gérard Le Bouëdec (dir.), La fonction consulaire à l'époque moderne. L'affirmation d'une institution économique et politique (1500-1800), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006.
[4]
Cf. notamment sur les agents coloniaux, Véronique Dimier, The Invention of a European Development Aid Bureaucy. Recycling Empire, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014.
[5]
Situé à Tananarive, le HCG était l'organe administratif central à la tête du territoire malgache. André Soucadaux fut le dernier Haut-Commissaire général à sa direction. Après l'indépendance, le HCG devint l'ambassade de France.
[6]
Notons que la République malgache fut proclamée le 14 octobre 1958. Les Malgaches purent ainsi disposer d'une administration malgache autonome pour les affaires internes.
[7]
CADN, Tananarive, 1897-1985, carton 451, rapport politique du délégué Gilbert Saron pour le Haut-Commissaire général à Tananarive, nº 5, 11 avril 1960.
[8]
Ibid., carton 447, télégramme du Haut-Commissaire général André Soucadaux à Tananarive adressé aux services de la Communauté à Paris, nomination des consuls de France, nº 374/375, 21 juin 1960.
[9]
Ibid., carton 57, télégramme du Haut-Commissaire général André Soucadaux au secrétariat général de la Communauté, nº 299/300, 20 juin 1959.
[10]
232 Ibid., carton 451, rapport sur l'état d'esprit des collectivités françaises dans la province par le consul Gilbert Saron pour l'ambassadeur de France à Madagascar, nº 160/S, 21 décembre 1961.
[11]
Neuf consuls honoraires étaient répartis sur le territoire à la fin de l'année 1961.
[12]
Ibid., carton 458, lettre du consul général de France Alfred Fémolle à l'ambassadeur de France à Tananarive, nº 882/CGF, 3 juillet 1961.
[13]
Les Français demeurèrent très présents notamment dans l'administration et la vie économique de la province. Ils devaient pallier le manque de cadres malgaches ; cf. op. cit., carton 454, monographie sur la circonscription consulaire de Majunga, rapport annuel 1961.
[14]
Ibid., carton 451, lettre du consul de France Gilbert Saron à l'ambassade de France à Tananarive, programme culturel, nº 98/C, 16 avril 1962.
[15]
Certains consuls issus de la FOM ont pu profiter de cette expérience pour poursuivre leur carrière au sein du corps des Affaires étrangères. Ainsi, Gilbert Saron et Fernand Merle ont intégré l'administration centrale du ministère des Affaires étrangères dans les années qui suivirent leur mission à Madagascar.

Résumé


Français

L’indépendance de Madagascar fut proclamée le 26 juin 1960. Six hommes issus de l’administration coloniale française furent désignés pour devenir les premiers consuls de France sur l’Île rouge. L’installation des postes consulaires fut laborieuse. L’expérience et les connaissances du territoire de ces consuls furent déterminantes pour la réussite de cette entreprise. En effet, l’enjeu était de taille : il fallait protéger plus de 67 000 Français et éviter un potentiel exode vers la métropole.
Mots-clés
  •  Consul de France
  •  France d'outre-mer
  •  Décolonisation
  •  Madagascar
  •  Relations internationales

English

The French Consuls Facing Decolonisation in Madagascar, 1958-1961On the 26th of June 1960, Madagascar’s independance was proclaimed. Six French former colonial officials were chosen to become the first consuls of France on the Red Island. The establishment of the consulates was rough but successful thanks to the experience and the local knowledge of the consuls. Indeed, the protection of more than 67 000 French nationals in Madagascar and the risk of numerous repatriations were at stake.
Keywords
  •  French consul
  •  French colonial officials
  •  Decolonization
  •  Madagascar
  •  International relations

Plan de l'article

  1. Des administrateurs de la FOM expérimentés
  2. Les délégués du HCG : anticiper l'indépendance ?
  3. Faire face à des Français inquiets et tentés de quitter l'île
  4. Limiter les départs et œuvrer pour l'amitié franco-malgache

Pour citer cet article

Rakotovao Ivan, « Les consuls issus de la France d'outre-mer face à la décolonisation de Madagascar, 1958-1961. », Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin 1/2016 (N° 43) , p. 123-134
URL : www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2016-1-page-123.htm.

vendredi 8 avril 2016

Samuel F. Sanchez Chapitre 14. Un mouvement antiabolitionniste et anticolonial. La révolte sakalava de 1849 dans le Nord-Ouest de Madagascar ,in, Dans Traites et esclavages en Afrique orientale et dans l'océan Indien (Editions Karthala, 2013)

sauvegarde perso pdf ,dispo sur Madagascar

http://www.cairn.info/traites-et-esclavages-en-afrique-orientale--9782811109134-page-413.htm

http://www.karthala.com/esclavages/2713-traites-et-esclavages-en-afrique-orientale-et-l-ocean-indien-9782811109134.html


Quatrième partie. Madagascar, Comores et Mascareignes




Page 371 à 412

Chapitre 13. L’esclavage à Ngazidja (Comores). Approche ethnohistorique





Page 413 à 439

Chapitre 14. Un mouvement antiabolitionniste et anticolonial. La révolte sakalava de 1849 dans le Nord-Ouest de Madagascar





Page 441 à 460

Chapitre 15. La rue coloniale : Ratsitatanina et la créolité dans l’océan Indien





Page 461 à 477

Chapitre 16. Résister à l’esclavage à l’île Bourbon : le cas des « résistances-agression » aux XVIIIe et XIXe siècles




Page 479 à 512

Bibliographie

Premières lignes Version HTML Version PDF